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Retraite progressive du médecin libéral : dès 60 ans et 150 trimestres, ce que la CARMF verse vraiment (2026)

Dès 60 ans, avec 150 trimestres et des revenus réduits de 20 à 60 %, un médecin libéral touche une fraction de sa base CNAVPL, sans sa complémentaire ni son ASV. Conditions, exemple chiffré, comparaison avec le cumul 2027.

Claude-Henri Poitou
Par Claude-Henri Poitou, fondateur de Compétence Retraite · publié le 14 octobre 2026

Lever le pied sans tout arrêter, et toucher une partie de sa retraite avant l'âge légal : la retraite progressive le permet aux professions libérales depuis le 1er septembre 2023, et dès 60 ans depuis le 1er septembre 2025. Le dispositif s'applique bien au médecin libéral, mais il ne verse qu'une fraction de la retraite de base. Voici les conditions, ce que la CARMF paie, un exemple chiffré et la comparaison avec le cumul emploi-retraite de 2027.

Un médecin libéral peut-il partir en retraite progressive ?

Oui. Depuis le 1er septembre 2025, elle est ouverte dès 60 ans, quelle que soit la génération, si vous réunissez 150 trimestres tous régimes de base et si vos revenus baissent de 20 à 60 % par rapport à la moyenne des cinq années précédant la demande. Votre activité doit aussi vous avoir rapporté au moins 40 % du SMIC annuel.

ConditionRègle pour un médecin libéral en 2026
Âge60 ans, quelle que soit l'année de naissance
Durée150 trimestres tous régimes de base, internat et clinicat compris
ActivitéActivité libérale exercée à titre exclusif
Baisse de revenusDe 20 % à 60 % par rapport à la moyenne revalorisée des cinq années précédant la demande, vérifiée chaque 1er juillet
Revenu minimal40 % du SMIC brut annuel, apprécié sur l'avant-dernière année civile précédant la demande
Date d'effetLe 1er janvier qui suit la demande

Vous lirez parfois 62 ans : c'était la règle de 2023, l'âge légal diminué de deux ans, remplacée par le décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025. Et 150 trimestres représentent 37 ans et demi validés : pour les avoir à 60 ans, il faut, hors trimestres pour enfants, avoir validé sans interruption depuis 22 ans et demi. Les trimestres d'internat et de clinicat, salariés, comptent au régime général.

Que verse la CARMF pendant une retraite progressive ?

Une fraction de votre retraite de base CNAVPL, égale à la baisse de vos revenus : 40 % de la base si vos revenus baissent de 40 %. Les autres régimes de base, dont le régime général pour les années d'internat, versent la même fraction. La complémentaire CARMF et l'ASV ne versent rien : elles attendent votre retraite définitive.

La base entière sert de référence. Elle est calculée aux règles habituelles à la date d'effet, décote comprise. Comme la caisse ne connaît pas encore vos revenus réduits, la fraction est fixée à 50 % pendant les dix-huit premiers mois, puis révisée chaque 1er juillet, à partir de la deuxième année, selon les revenus de l'année précédente.

Pour la complémentaire et l'ASV, le guide 2026 de la CNAVPL, qui résume les règles de chaque caisse, ne prévoit pas de retraite progressive, alors qu'il en décrit pour d'autres professions : leur liquidation suppose la cessation de l'activité libérale. Faites-le confirmer par la CARMF avant de déposer. Les complémentaires de salarié, Agirc-Arrco et Ircantec, ont leurs propres règles et une demande distincte. Comme la base ne représente en moyenne que 679 € sur les 3 008 € mensuels d'un médecin retraité de la CARMF, la somme versée reste modeste.

Vos droits continuent-ils de s'acquérir ?

Oui, et c'est l'essentiel. Vous cotisez normalement : trimestres et points de base, points de complémentaire et d'ASV. À la retraite définitive, la base est recalculée avec ces droits, sans pouvoir descendre sous le montant qui servait au calcul de la fraction, et le coefficient de majoration de la complémentaire et de l'ASV a continué de courir.

C'est la différence avec le cumul emploi-retraite, où les pensions sont liquidées une fois pour toutes. Trois limites : la retraite progressive ne se demande qu'une fois ; elle est supprimée si vous reprenez à temps complet ou retrouvez votre revenu antérieur ; elle est suspendue si la baisse sort de la fourchette, une baisse de plus de 60 % n'étant admise qu'un an. Vous justifiez chaque année de la baisse de vos revenus.

Combien touche un médecin en retraite progressive ? Un exemple

Peu, car seule la base est servie, souvent avec une décote. Un médecin né le 20 juin 1966, avec 152 trimestres et 9 000 points de base fin 2026, qui ramène ses revenus de 100 000 € à 60 000 € dès 2027, perçoit 2 227 € par an les dix-huit premiers mois, puis 1 782 € par an.

Hypothèses : demande déposée en 2026, valeurs 2026 sans revalorisation, quatre trimestres et 563,2 points de base par an à 60 000 €. Sa génération a un âge légal de 63 ans et 3 mois : sans retraite progressive, il ne pourrait rien percevoir avant le 1er octobre 2029.

ÉtapeCalculRésultat
1er janvier 202760 ans et 6 mois, 152 trimestres, baisse de 40 %Conditions remplies
Décote de référence20 trimestres manquants pour 172, 26 jusqu'à 67 ans, 20 au plus25 %
Base entière9 000 points × 0,6599 € × 0,754 454 € par an
Fraction provisoire, dix-huit mois50 %2 227 € par an, 186 € par mois
Fraction révisée au 1er juillet 2028Baisse de 40 % en 20271 782 € par an, 148 € par mois
Retraite définitive au 1er janvier 2031168 trimestres, 4 manquants ; 11 252,8 pointsBase de 7 054 € par an, décote de 5 %
Complémentaire et ASV à cette date10 trimestres depuis le 1er juillet 2028Coefficient de majoration de 12,5 %
Ou taux plein au 1er janvier 2032172 trimestres ; 11 816 pointsBase de 7 797 € par an, majoration de 16,5 %

Lecture : la décote de 25 % ne sert qu'au calcul de la fraction, elle n'est pas définitive. À 64 ans et demi, la base est liquidée avec 5 % de décote, et la complémentaire et l'ASV avec 12,5 % de majoration, contre 6,25 % à l'âge légal ; à 65 ans et demi, avec ses 172 trimestres, la décote disparaît et la majoration atteint 16,5 %. Mais le même médecin, s'il réduisait son activité sans rien demander, acquerrait exactement les mêmes droits. La retraite progressive lui ajoute 1 782 à 2 227 € par an pendant quatre ans, plus la même fraction de sa pension du régime général : un complément, pas un levier.

Retraite progressive, cumul ou attendre : que comparer ?

Avant l'âge légal, la retraite progressive est la seule façon de percevoir une partie de sa retraite en exerçant. Après l'âge légal, le cumul emploi-retraite d'une retraite prenant effet depuis le 1er janvier 2027 réduit fortement la pension jusqu'à 67 ans. Attendre sans rien percevoir donne la pension annuelle la plus élevée.

Retraite progressiveCumul emploi-retraite, effet depuis 2027Liquidation plus tard
Dès quand60 ansL'âge légal, toutes pensions liquidéesL'âge légal, taux plein à 67 ans au plus tard
Ce qui est verséUne fraction de la baseToutes les pensions, réduites avant 67 ansToutes les pensions
Complémentaire et ASVNon liquidées, la majoration continueLiquidées, majoration figéeMajorées jusqu'à la date choisie
Nouveaux droitsOui, dans les trois régimesSeulement en cumul intégral, de règle à 67 ansSans objet

Avant l'âge légal, la pension en cumul serait réduite du montant total des revenus ; entre l'âge légal et 67 ans, de la moitié des revenus au-delà d'un seuil fixé par décret, 7 000 € par an proposé. L'exemple de la CARMF : 35 000 € de pension et 60 000 € de revenus, il reste 8 500 € versés. Le détail : le cumul emploi-retraite du médecin en 2027. Pour comparer les dates : la date de départ optimale.

Et pour un praticien hospitalier ?

Le praticien hospitalier, salarié affilié au régime général et à l'Ircantec, relève des règles des salariés : 60 ans, 150 trimestres et un temps partiel compris entre 40 % et 80 % d'un temps plein. La fraction servie est égale à 100 % moins votre quotité de travail : un praticien à 70 % perçoit 30 % de sa pension provisoire.

L'Ircantec sert la même fraction que le régime général, et la pension complète est recalculée au départ définitif avec les trimestres et les points acquis entre-temps. Le reste de vos droits hospitaliers : la retraite du praticien hospitalier.

Quand déposer la demande ?

Au plus tard le 31 décembre de l'année qui précède : pour un non-salarié, la fraction prend effet au 1er janvier qui suit la demande. Une demande déposée en 2026 joue donc au 1er janvier 2027. Elle se fait en ligne sur info-retraite.fr, par le service « Demander ma retraite progressive », commun à tous les régimes.

Pour situer vos âges : « Quand puis-je partir ? » donne l'âge légal de votre génération, votre première date d'effet et le coefficient de majoration de votre complémentaire et de votre ASV à chaque âge. Pour trancher entre retraite progressive, cumul et date de départ sur vos propres pièces : le bilan fait par un expert, qui chiffre chaque option, régime par régime.

Questions fréquentes

Un médecin libéral peut-il prendre une retraite progressive à 60 ans ?

Oui, depuis le 1er septembre 2025, quelle que soit sa génération, s'il réunit 150 trimestres tous régimes de base, exerce son activité libérale à titre exclusif et réduit ses revenus de 20 à 60 % par rapport à la moyenne des cinq années précédant la demande. La fraction de pension prend effet au 1er janvier qui suit la demande.

La CARMF verse-t-elle la complémentaire pendant une retraite progressive ?

Non. Seule la retraite de base CNAVPL est servie, en fraction, comme celle des autres régimes de base. Le guide 2026 de la CNAVPL ne prévoit pas de retraite progressive pour la complémentaire CARMF ni pour l'ASV, dont l'ouverture suppose la cessation d'activité. Elles continuent de s'acquérir et sont liquidées à la retraite définitive, avec leur coefficient de majoration.

Combien rapporte une retraite progressive à un médecin libéral ?

En général peu, car seule la base est versée, souvent avec une décote. Un médecin né en 1966, avec 9 000 points de base et 152 trimestres à 60 ans et demi, qui réduit ses revenus de 40 %, perçoit 2 227 € par an les dix-huit premiers mois, puis 1 782 € par an, en valeurs 2026. Ses droits continuent pendant ce temps de s'acquérir.

Retraite progressive ou cumul emploi-retraite à partir de 2027 ?

Ils ne jouent pas au même moment. Avant l'âge légal, seule la retraite progressive permet de toucher une partie de sa retraite en exerçant. Après l'âge légal, pour une retraite prenant effet depuis le 1er janvier 2027, le cumul réduit la pension jusqu'à 67 ans de la moitié des revenus au-delà d'un seuil, 7 000 € par an proposé.

Sources

  • Code de la sécurité sociale, art. L. 161-22-1-5 à L. 161-22-1-9 et D. 161-2-24 à D. 161-2-24-7, versions en vigueur au 14 octobre 2026 (Légifrance) : âge de 60 ans fixé par le décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025 pour les pensions prenant effet depuis le 1er septembre 2025 ; baisse de revenus de 20 à 60 % et revenu d'au moins 40 % du SMIC (décret n° 2025-1410 du 30 décembre 2025) ; effet au 1er janvier qui suit la demande ; fraction provisoire de 50 % pendant dix-huit mois
  • CNAVPL, Guide de l'assurance vieillesse des professions libérales 2026 (édition de mars 2026) : partie 1, § 3.2.5, retraite progressive du régime de base ; partie 2, CARMF, ouverture des droits de la complémentaire et de l'ASV subordonnée à la cessation d'activité
  • Guide CARMF « Préparez votre retraite en temps choisi », juin 2026, p. 2-3 et 10-12 : internat au régime général, âges et trimestres par génération, coefficient de majoration
  • Retraite moyenne des médecins retraités en juin 2026 : 3 008 € par mois, dont 679 € de base (carmf.fr, 31 août 2026, et Egora, 7 septembre 2026) ; CARMF, « Mémento 2026 », base mars 2026 : 3 007 € par mois, dont 678 € de base
  • Service-public.fr, Retraite progressive du salarié, fiche F12842 (vérifiée le 17 novembre 2025) et actualité A18399 du 24 juillet 2025 ; Ircantec, Retraite progressive (page du 23 avril 2026)
  • Lettre CARMF n° 50, mai 2026, et carmf.fr, « Bientôt la fin du cumul avant 67 ans ? », 15 septembre 2026 : cumul des retraites prenant effet à partir du 1er janvier 2027
  • Mémento de la protection sociale 2026, fiches 11 et 32
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