Médecin diplômé ou ayant exercé à l'étranger : trimestres étrangers, taux plein et cumul (2026)
Hôpital en Belgique ou en Suisse, exercice au Québec ou au Maghreb, diplôme obtenu hors de l'Union : ces années ne donnent pas de points CARMF, sauf cotisation volontaire, mais peuvent réduire la décote de votre base. Règlements européens, Royaume-Uni, conventions, pays sans accord, demande, rachat et cumul 2027.
Des années d'hôpital en Belgique ou en Suisse, un cabinet au Québec, un diplôme obtenu hors de l'Union européenne : une partie de votre carrière s'est faite hors de France. Ces années ne vous donnent aucun point CARMF, et c'est le pays concerné qui les paie. Selon l'endroit, elles comptent pourtant pour le taux plein de votre base CNAVPL. Et pour exercer en étant retraité, il faudra liquider toutes vos pensions, étrangères comprises.
Vos années à l'étranger comptent-elles pour votre retraite française ?
Souvent pour la décote, jamais pour vos points. Chaque État rémunère les périodes accomplies sous sa législation : vos années belges ou québécoises seront payées par la Belgique ou par le Québec. Les caisses françaises peuvent les ajouter à vos trimestres pour juger du taux plein, si un texte lie la France au pays concerné.
Une activité à l'étranger n'ajoute aucun point aux régimes français par points, la base des professions libérales comme la complémentaire, sauf si vous y avez cotisé volontairement.
| Où vous avez travaillé | Texte applicable | Ce qu'en font les caisses françaises | Qui paie ces années |
|---|---|---|---|
| Union européenne, Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse | Règlement (CE) n° 883/2004 | Totalisation avec vos trimestres français, pour le taux plein et la décote | Chaque État, à son âge de départ |
| Royaume-Uni | Accord de retrait pour les périodes jusqu'au 31 décembre 2020, accord de commerce et de coopération depuis le 1er janvier 2021 | Totalisation, comme dans l'Union | Le Royaume-Uni |
| L'un des quelque quarante États ou territoires liés à la France par un accord | Convention de type 1, 2 ou 3 | Selon le texte, s'il couvre votre statut | L'État concerné, selon sa loi |
| Pays sans accord | Aucun | Rien : seules vos périodes françaises comptent | Le pays, s'il vous ouvre des droits |
Lecture : six années accomplies en Belgique s'ajoutent à vos trimestres français pour calculer la décote de votre base ; accomplies dans un pays sans accord, elles n'y comptent pas. Dans les deux cas, seul le pays où vous les avez faites peut vous les payer.
Comment la totalisation joue-t-elle sur votre base CNAVPL ?
Elle réduit ou efface la décote, sans toucher à vos points. La base des professions libérales est un régime par points : le règlement européen l'exclut du calcul au prorata, et la CARMF multiplie vos points par 0,6599 € en 2026. Vos trimestres européens ne servent qu'à la durée d'assurance, qui fixe le taux de votre base.
La décote retire 1,25 % par trimestre manquant et retient le plus petit des deux écarts : jusqu'à la durée requise de votre génération, ou jusqu'à 67 ans. Prenons un médecin né le 15 mai 1969, six ans d'hôpital à l'étranger avant de s'installer en France. À sa première date d'effet, le 1er juillet 2033, à 64 ans, il réunit 140 trimestres français pour 172 requis.
| Ses six années ont été accomplies | Trimestres retenus | Trimestres de décote | Coefficient | Base CNAVPL annuelle |
|---|---|---|---|---|
| En Belgique, dans l'Union | 140 + 24 = 164 | 8, pour atteindre 172 | 0,90 | 8 908,65 € |
| Dans un pays sans accord | 140 | 12, l'écart jusqu'à 67 ans, plus petit que 32 | 0,85 | 8 413,73 € |
| Pour mémoire, au taux plein | 172 ou plus | 0 | 1 | 9 898,50 € |
Hypothèses : 15 000 points CNAVPL, valeur du point 2026, montants bruts annuels ; 15 000 × 0,6599 € = 9 898,50 €, × 0,90 = 8 908,65 €, × 0,85 = 8 413,73 €.
Lecture : ses années belges valent cinq points de décote en moins, près de 495 € de base par an, à vie ; la Belgique lui versera en plus sa propre pension pour ces six ans, à son âge de départ. Sa complémentaire CARMF et son ASV, sans décote, sont identiques dans les deux cas : majorées de 10 % au 1er juillet 2033.
Une pension du régime général, issue de l'internat ou de l'hôpital en France, suit une autre méthode. Sa caisse calcule une pension nationale, sur vos seules périodes françaises, et une pension européenne, calculée comme si toute votre carrière s'était déroulée en France, puis réduite au prorata de vos périodes françaises. La caisse verse la plus élevée. Une période de moins d'un an dans un pays peut n'y ouvrir aucune pension, mais les autres pays la comptent.
Que change une convention bilatérale ?
Tout dépend du texte. Le Cleiss classe les accords de la France avec une quarantaine d'États ou territoires en trois types, dont la liste et les textes figurent sur cleiss.fr. Type 1, dont Israël, le Mali ou la Macédoine du Nord : vous choisissez entre un calcul séparé et la totalisation suivie de la proratisation. Type 2, dont l'Algérie, les États-Unis, Monaco, le Sénégal ou la Turquie : calcul séparé, les périodes étrangères pouvant servir à déterminer le taux. Type 3, dont le Canada, le Québec, le Maroc, la Tunisie, le Japon ou l'Inde : la caisse fait les deux calculs et retient le plus avantageux.
Vérifiez ensuite qui est couvert. Les accords avec l'Algérie, Israël, Monaco, le Sénégal ou la Turquie ne visent que les salariés, et plusieurs seulement les ressortissants des deux pays ; ceux avec le Maroc, la Tunisie, le Canada, le Québec ou les États-Unis visent aussi les non-salariés. Pour qui n'a eu en France que le statut d'indépendant, l'Assurance retraite limite les accords applicables à 17 territoires : Andorre, Argentine, Brésil, Canada, Chili, Corée du Sud, États-Unis, Inde, Japon, Maroc, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Québec, Saint-Pierre-et-Miquelon, Serbie, Tunisie et Uruguay. Pour votre base CNAVPL, faites confirmer par la CARMF ce qu'elle retiendra de vos périodes sous convention.
Plusieurs accords ne s'additionnent pas : la caisse calcule accord par accord et retient le résultat le plus favorable, sauf clause d'État tiers, prévue par les accords avec le Brésil, le Canada, l'Inde, le Maroc, la Serbie, la Tunisie et l'Uruguay. Vos périodes européennes et celles d'un pays sous accord ne sont totalisées ensemble que dans de rares cas.
Et si le pays n'a signé aucun accord avec la France ?
Ces années ne comptent pas pour les caisses françaises. Votre retraite française est calculée sur vos seules périodes françaises, et le pays étranger vous verse, ou non, une pension selon sa propre loi. Pour le cumul emploi-retraite, en revanche, cette pension compte comme les autres : la loi vise tous les régimes obligatoires étrangers dont vous avez relevé.
Peut-on racheter ou cotiser volontairement pour ses années à l'étranger ?
Oui, dans des cadres précis. Au régime général, une activité salariée exercée hors de France peut se racheter si vous avez relevé au moins cinq ans d'un régime obligatoire français d'assurance maladie, à condition de le demander dans les dix ans qui suivent le dernier jour de votre dernière activité à l'étranger. Le rachat porte sur le taux, ou sur le taux et la durée ; son prix dépend de votre âge et de vos revenus des douze derniers mois d'activité, et aucun salaire n'est reporté sur votre compte. Pendant une expatriation salariée, l'assurance volontaire vieillesse se demande notamment à la Caisse des Français de l'étranger.
Pour un exercice libéral, la CARMF ouvre une adhésion volontaire à ses régimes de base, complémentaire et invalidité-décès au médecin qui part exercer exclusivement à l'étranger. Elle se demande à la cessation d'activité en France et n'est jamais rétroactive. En 2026, elle coûte 7 940 € de complémentaire pour 4 points de retraite et 626 € d'invalidité-décès ; la base se calcule comme pour un médecin installé en France. Le code de la sécurité sociale prévoit aussi, sous conditions, le rachat d'une activité non salariée exercée hors de France, au prix des rachats de trimestres (articles L742-6 et L742-7) : faites-le chiffrer par la CARMF.
Diplômé hors de l'Union européenne, quelles années comptent ?
Celles où vous avez cotisé. Un médecin diplômé hors de l'Union passe des épreuves de vérification des connaissances, puis un parcours de consolidation des compétences sur un poste, par exemple dans un établissement de santé, avant d'être autorisé à exercer (article L4111-2 du code de la santé publique). Ces années salariées relèvent du régime général et d'une complémentaire de salariés, l'Ircantec à l'hôpital public : elles s'ajoutent à vos trimestres CARMF pour la décote, comme l'internat. Leur décompte et leurs pensions : médecin hospitalier puis libéral.
Vos études, elles, ne valident rien, et leur rachat n'est pas prévu : la loi le réserve aux diplômes français et aux diplômes équivalents délivrés par un État de l'Union européenne, au régime général comme à la base des professions libérales (articles L351-14-1 et L643-2). Un diplômé de Roumanie ou de Belgique peut donc racheter ses années d'études, aux conditions habituelles ; le texte ne le prévoit pas pour un diplôme d'un pays tiers. Conditions et prix : le rachat et son barème 2026.
Vos années d'exercice dans votre pays d'origine relèvent de son accord avec la France, s'il en existe un : la convention franco-algérienne ne vise que les salariés de nationalité française ou algérienne. Si vous êtes ressortissant d'un pays tiers, les règlements européens s'appliquent aussi à vous entre États de l'Union, sauf le Danemark, mais pas dans les relations avec la Suisse, l'Islande, le Liechtenstein ou la Norvège.
Comment demander toutes ces pensions ?
Si vous résidez en France, par la demande unique en ligne sur info-retraite.fr, en y déclarant chaque pays où vous avez travaillé. La caisse de votre dernière affiliation en France transmet la demande aux pays européens ou liés par un accord ; dans le cadre européen, ce dernier régime de base français sert de « régime pivot » entre vos caisses françaises et étrangères. Si vous résidez dans un autre pays de l'Union, la demande se dépose dans ce pays, ou dans celui de votre dernier emploi.
Chaque caisse garde son calendrier. La CARMF liquide au premier jour d'un trimestre civil, sur une demande déposée dans les cinq mois qui précèdent ; le régime général au premier jour d'un mois ; chaque pays étranger à son propre âge de départ, parfois plus tardif qu'en France. Le Cleiss conseille de demander environ six mois avant l'âge légal, et chaque décision européenne vous est expliquée dans un formulaire P1. La fenêtre CARMF pour votre date : Quand déposer ma demande ? ; les pièces : demander sa retraite CARMF.
Votre relevé de carrière n'affiche pas vos périodes étrangères, ce qui ne veut pas dire qu'elles seront ignorées : gardez vos justificatifs étrangers et vérifiez le reste du relevé.
Faut-il liquider ses pensions étrangères pour exercer en cumul ?
Oui, et avec la réforme l'enjeu grossit. Pour une première retraite de base qui prend effet à partir du 1er janvier 2027, la loi suspend la pension de base de l'assuré qui, après l'âge légal, poursuit ou reprend une activité sans être entré en jouissance de toutes ses pensions personnelles, de base et complémentaires, françaises et étrangères, ainsi que de celles des organisations internationales dont il a relevé (article L161-22). Le règlement de la complémentaire CARMF renvoie aux mêmes conditions.
Une exception protège les carrières à l'étranger : une pension étrangère dont l'âge d'ouverture, le cas échéant sans minoration, dépasse l'âge légal français n'est pas exigée avant cet âge. Le règlement européen permet aussi de différer une pension étrangère ; mais une fois cet âge atteint, un tel report peut suspendre votre pension de base française si vous exercez.
S'appliquent ensuite les trois paliers d'âge de 2027, avec un cumul intégral à partir de 67 ans : le cumul emploi-retraite en 2027. Pour une retraite prise au plus tard le 1er octobre 2026, le cumul intégral exigeait déjà la liquidation de toutes vos retraites, françaises et étrangères ; à défaut, vos revenus restaient plafonnés : les règles d'avant 2027.
Notre outil Quand puis-je partir ? situe la décote de votre base à chaque date : faites-le tourner avec et sans vos trimestres européens pour mesurer l'enjeu. Le bilan fait par un expert reprend votre carrière pays par pays, vérifie ce que chaque caisse retiendra et dresse la liste des pensions à liquider avant d'exercer en cumul.
Questions fréquentes
Mes années de travail à l'étranger comptent-elles pour ma retraite de médecin ?
Elles ne vous donnent pas de points CARMF, sauf cotisation volontaire, et c'est le pays concerné qui les paie. Accomplies dans l'Union européenne, en Islande, au Liechtenstein, en Norvège, en Suisse ou au Royaume-Uni, elles s'ajoutent toutefois à vos trimestres français pour calculer la décote de votre base CNAVPL. Dans un pays lié à la France par une convention, tout dépend du texte ; dans un pays sans accord, elles ne comptent pas.
Un médecin diplômé hors de l'Union européenne peut-il racheter ses années d'études ?
Le texte ne le prévoit pas. Le rachat des années d'études est réservé aux études ayant abouti à un diplôme français ou à un diplôme équivalent délivré par un État de l'Union européenne, au régime général comme à la base des professions libérales. Les années d'hôpital accomplies ensuite en France comme salarié valident, elles, des trimestres au régime général, qui comptent pour la décote de la base.
Faut-il demander sa pension étrangère pour exercer en cumul emploi-retraite ?
Oui. Pour une première retraite de base prise à partir du 1er janvier 2027, la loi suspend la pension de base de l'assuré qui exerce après l'âge légal sans avoir liquidé toutes ses pensions, françaises et étrangères. Une pension étrangère dont l'âge d'ouverture est plus tardif n'est exigée qu'à partir de cet âge. Pour une retraite prise avant 2027, faute de cette liquidation, le cumul restait plafonné.
Où déposer sa demande de retraite après une carrière dans plusieurs pays ?
Si vous résidez en France, faites votre demande unique en ligne sur info-retraite.fr en indiquant chaque pays où vous avez travaillé : la caisse de votre dernière affiliation en France transmet la demande aux pays européens ou liés par un accord. Si vous résidez dans un autre pays de l'Union, déposez-la dans ce pays ou dans celui de votre dernier emploi. Le Cleiss conseille de s'y prendre environ six mois avant l'âge légal.
Sources
- Règlement (CE) n° 883/2004 du 29 avril 2004, texte consolidé du 31 juillet 2019 (eur-lex.europa.eu) : art. 2 (personnes couvertes), art. 6 (totalisation des périodes d'assurance, d'emploi et d'activité non salariée), art. 50 (liquidation dans tous les États, report possible), art. 52 (prestation au prorata, montant le plus élevé), art. 57 (périodes de moins d'un an), annexe VIII, partie 2 (France : régimes de base ou complémentaires par points, sans calcul au prorata), consulté le 30 octobre 2026
- Commission européenne, Your Europe, « Pensions d'État à l'étranger », dernière vérification le 3 septembre 2026 : demande dans le pays de résidence ou du dernier emploi, au moins six mois avant, âge de départ propre à chaque pays, périodes de moins d'un an, montant théorique et prestation au prorata, formulaire P1 (europa.eu, consulté le 30 octobre 2026)
- Cleiss, « Quelle retraite après avoir travaillé à l'étranger ? » : pages UE, EEE et Suisse, un ou plusieurs États signataires d'un accord, UE et État signataire, État sans accord (accords de types 1, 2 et 3, clause d'État tiers, dépôt de la demande) ; fiches des accords avec l'Algérie, Israël, Monaco, le Sénégal, la Turquie, le Maroc, la Tunisie, le Canada, le Québec et les États-Unis (personnes concernées) ; « Personnes concernées » par les règlements (ressortissants d'États tiers) ; FAQ Brexit mise à jour le 2 juillet 2021 (cleiss.fr, consultés le 30 octobre 2026)
- L'Assurance retraite, « Retraite et carrière internationale » (accords applicables à qui n'a été qu'indépendant en France, relevés sans les périodes étrangères, régime pivot, Brexit, demande internationale, assurance volontaire auprès de la Caisse des Français de l'étranger), « Demander ma retraite » (activité à l'étranger à indiquer sur la demande unique) et « Le rachat de trimestres » (activité salariée à l'étranger : cinq ans d'assurance maladie française, demande dans les dix ans, rachat pour le taux ou pour le taux et la durée) (lassuranceretraite.fr, consultés le 30 octobre 2026)
- Union Retraite, « Information retraite des expatriés » (info-retraite.fr, édition de 2018), p. 19 à 21 : pas de double calcul pour les régimes par points des professions libérales, périodes étrangères prises en compte pour le taux de la retraite de base, exemple d'une professionnelle libérale ayant cotisé en Allemagne
- Code de la sécurité sociale, art. L161-22 dans sa rédaction issue de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 102 (premières pensions de base prenant effet à compter du 1er janvier 2027), L643-2, L643-3, R643-7, L351-14-1, L742-1, L742-6 et L742-7 ; code de la santé publique, art. L4111-2 (Légifrance, consulté le 30 octobre 2026)
- Guide CARMF « Préparez votre retraite en temps choisi », juin 2026 : p. 2 (externat, internat et clinicat au régime général), p. 3 (valeur du point de base 2026), p. 10 à 12 (décote sur les trimestres tous régimes de base, âges, dates d'effet trimestrielles), p. 14-15 (demande dans les cinq mois, relevé des autres régimes), p. 16-17 (cumul intégral : liquidation des retraites françaises et étrangères, exception de la loi du 20 janvier 2014)
- CARMF, « Guide du médecin cotisant », juin 2026, p. 13 (exercice libéral à l'étranger, règlement européen n° 883/2004, adhésion volontaire non rétroactive, cotisations 2026 de 7 940 € pour 4 points et de 626 € en invalidité-décès) ; règlement du régime complémentaire, version 1.2 du 25 septembre 2026, art. 7 (cumul avant et à compter du 1er janvier 2027)

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